13 mars 2012

Sept ans après l'affaire Unocal

Par Chalom SCHIRMAN
Pétrole & Matières premières

En 2006, la Chambre des Représentants américaine, au nom d’impératifs stratégiques avoués et de protectionnisme économique inavoué, s’opposait à l’achat d’Unocal par le géant pétrolier chinois CNOOC.
Unocal était une société pétrolière californienne avec des réserves et des infrastructures en Asie centrale et en Asie du sud-est. CNOOC proposait de la racheter à un prix significativement supérieur à celui offert par le second enchérisseur, l’américain Chevron. Suite à l’opposition politique, Unocal fut vendue à Chevron à un prix inférieur, au grand dam des actionnaires d’Unocal.
L’affaire fut considérée, à juste titre, comme annonciatrice sinon symptomatique de la détérioration à venir des rapports entre les USA et la Chine.
Au cours des 7 ans qui nous séparent de cet événement, beaucoup d’eau a coulé dans le Potomac comme dans le fleuve Jaune.
En effet, le Wall Street Journal nous apprend que Sinopec, l’autre géant énergétique chinois, a acquis (avec CNOOC), après l’affaire Unocal et sans entraves, des intérêts minoritaires dans plusieurs sociétés énergétiques de 8 Etats américains et au Canada pour plus de 17 milliards d’USD.
Les Chinois investissent en particulier dans le gaz et le pétrole des schistes bitumineux ce qui, d’une part, augmente les sources de financement de projets américains en énergies alternatives et, d’autre part, pourrait permettre à la Chine de bénéficier du savoir-faire en cette matière de ces JV dans lesquelles ils participent. La Chine pourra ainsi développer plus rapidement ses propres schistes bitumineux.
Les Américains semblent avoir réalisé que, loin de mettre en danger leurs intérêts stratégiques, tout ce qui conforte la Chine dans sa maîtrise de la sécurité de ses approvisionnements énergétiques renforce l’autonomie chinoise et diminue sa dépendance aux sources étrangères, souvent hostiles aux USA. De plus, toute augmentation de l’offre énergétique en Chine même diminue la pression à la hausse sur les prix de l’énergie. Que la Chine devienne un grand extracteur de schistes bitumineux pourrait avoir des effets moins négatifs sur son environnement que l’extraction actuelle du charbon et n’aura que des conséquences favorables sur l’équilibre mondial de l’offre et de la demande d’énergie. En même temps, cela réduirait les dangers d’affrontement entre puissances pour le contrôle des matières premières stratégiques.

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