13 février 2012

Divorce israélo-turc : conséquences hydrauliques pour Israël ?

Par Frédéric ENCEL
Géopolitique



Usine de dessalement d'Ashkelon, Israël

 Parmi les utopies en vogue dans les années 1990-2000 au Proche-Orient, l'approvisionnement d'Israël en eau turque plaisait beaucoup. Seul grand château d'eau de la région (sources du Tigre et de l'Euphrate), pays d'amont bâtisseur d'un gigantesque complexe de barrages (Atatürk, ou GAP) en Anatolie orientale, la Turquie amie de l'Etat juif serait son pourvoyeur. Cela ne se fit jamais. Car non seulement les coûts d'acheminement par bateaux (ou - pire encore - par pipelines sous-marins) eurent été prohibitifs, mais encore les quantités concernées n'auraient guère suffi. Israël consomme plus de 2 milliards de m3 d'eau/an et accuse un déficit chronique (sauf pompage maximal du lac de Tibériade et des nappes de l'aquifère cisjordanien) de dizaines de millions de m3/an. Même une incessante noria de super tankers affectés à l'acheminement d'or bleu n’auraient pu combler les besoins israéliens autrement que de façon marginale.
En outre, naviguer face aux incertaines et hostiles côtes syrienne et libanaise (Hezbollah) eut représenté un danger payé le prix fort pour rassurer affréteurs et assureurs de navires et d'équipages.
Devant ces hypothèques ou vrais obstacles, Jérusalem s'est finalement décidée, au tournant des années 2000, à construire un réseau d'unités de dessalement d'eau de mer. Grosses consommatrices d'énergies et cibles faciles pour des engins sol-sol en cas de conflit, elles présentent néanmoins l'avantage suprême d'éviter toute dépendance à l'égard de zones situées hors souveraineté, notamment donc la Turquie ou, en cas de paix, du Liban riche en eaux de surface. Ainsi, en seulement dix ans, Israël a construit quatre usines de dessalement (Ashkelon, Hadera, Sorek et Palmahim) produisant déjà ensemble plus de 300 millions de m3 d’eau/an. Voilà comment meurt définitivement une chimère géopolitique !

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