28 octobre 2011

Dépendance européenne aux hydrocarbures russes

Par François LAFARGUE
Géopolitique


Sommet Russie-UE, juin 2011

L’annonce par Vladimir Poutine de son intention de briguer un nouveau mandat présidentiel en 2012, a suscité une réelle et légitime déception dans les démocraties occidentales.
La présidence de Vladimir Poutine (2000-2008) a été marquée par une nette détérioration des relations avec les États-Unis et l’Union européenne. Si l’évolution institutionnelle de la Russie a été décevante depuis dix ans, avec des scrutins électoraux entachés de fraudes et une liberté d’expression limitée, force est de reconnaître que ce pays a toujours été un partenaire énergétique fiable. La dépendance de l’Union européenne à l’égard de la Russie, tant sur le plan gazier que pétrolier, n’a fait que s’aggraver depuis les élargissements aux pays d’Europe de l’Est. Si le gaz russe fournit en moyenne la moitié des importations de l’Union européenne, cette dépendance s’établit à 37 % pour l’Allemagne (contre 21 % en France) mais elle est totale pour les Pays baltes et la Pologne. La Russie livre également 32 % des importations pétrolières de l’Union.
Cet approvisionnement en hydrocarbures n’a jamais été menacé, y compris durant les années de Guerre froide. Cette confiance envers la Russie a été symbolisée par la construction du Nord Stream, un gazoduc reliant l’Allemagne à la Russie. Moscou a utilisé l’arme énergétique à l’égard de ses anciens satellites comme l’Ukraine ou le Belarus, mais n’a guère d’intérêt à mener de telles actions contre l’Union européenne. En premier lieu, l’UE achète plus de 75 % des exportations en pétrole de la Russie, dont les capacités d’exportation vers d’autres nations comme le Japon, l’Inde ou la Chine, sont encore très réduites. De même, la Russie a besoin de la technologie occidentale pour moderniser ses infrastructures. Les intérêts communs sont nombreux, et l’approvisionnement de l’Union européenne, même après une nouvelle élection de Vladimir Poutine, semble assuré.

Voir aussi l'article Poutine 2012 : un retour gagnant pour l’Occident ?, sur lesechos.fr.

27 octobre 2011

Crise et prix du pétrole : attention à l’effet rebond*

Par Thomas PORCHER
Pétrole & Matières premières

A cause du ralentissement économique mondial, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a de nouveau révisé à la baisse ses prévisions de la demande mondiale de pétrole pour 2011 et 2012. Goldman Sachs et l’OPEP ont également abaissé leurs prévisions pour 2012. De l’autre côté, l’offre devrait augmenter avec la reprise de la production libyenne plus rapide que prévu et qui devrait atteindre progressivement son niveau d’avant conflit d’ici 15 mois. Dans cette configuration, le prix du pétrole devrait donc descendre.
Mais même s’il y avait baisse du prix du pétrole cela ne pourrait être que de courte durée pour deux raisons. Premièrement parce que les pays de l’OPEP baisseraient leurs quotas pour adapter l’offre à la demande. Deuxièmement, parce qu’à cette compression de l’offre de l’OPEP s’ajoutera la compression de l’offre des pays non-OPEP décidée par les compagnies pétrolières qui refuseront d’utiliser des gisements non rentables (par rapport au prix spot). Une baisse du prix du pétrole entraîne donc mécaniquement une double compression de l’offre. Force est de constater que le prix du pétrole ne peut rester durablement bas lorsqu’il a été haut pendant une certaine période.

Fluctuations du cours du WTI entre 2005 et 2011


Il faut également noter que l’OPEP ajuste ses quotas en suivant l’évolution de la demande, de sorte que l’offre égale tout juste la demande. Le marché pourrait donc se retrouver dans une situation où l’offre et la demande se stabiliseraient à un niveau bas. Ce qui en cas de rebond de la demande des émergents comme le prévoit Goldman Sachs en 2012-2013 -la demande, ou les anticipations de la demande via les contrats à terme, étant plus flexible que l’offre- le prix du pétrole pourrait repartir en flèche.

*Voir l'article Crise et prix du pétrole : une baisse pourrait cacher une hausse, sur l'expansion.com.

21 octobre 2011

Interconnexions énergétiques en Europe : la Commission détaille sa politique

Par Stephan SILVESTRE
Régions

Dans le cadre du plan budgétaire 2014-2020, la Commission Européenne a proposé la création d’un nouvel instrument financier dédié aux infrastructures de transport, énergie et télécommunications. Cet outil, appelé Connecting Europe Facility (CEF), vise à organiser le cofinancement de projets en cohérence avec les objectifs politiques globaux de l’Union Européenne (rééquilibrages régionaux, baisse des émissions de CO2, protection des intérêts des consommateurs).
Ce plan prévoit une dotation globale de 50 Md€, dont 21,7 Md€ pour les transports, 9,1 Md€ pour l’énergie, 9,2 Md€ pour les télécommunications et 10 Md€ pour le fonds de cohésion pour les infrastructures de transport.
Pour le secteur de l’énergie, les priorités découlent du schéma directeur pour un réseau énergétique européen intégré : développement de réseaux électriques de nouvelle génération, multiplication des interconnexions sur les réseaux gaziers, sécurisation des approvisionnements :
- réseau électrique sous-marin en mer du Nord ;
- interconnexions nord-sud et est-ouest des réseaux électriques européens ;
- interconnexions des réseaux électriques européens aux pays méditerranées extra-européens (étape nécessaire dans la perspective du projet Desertelec) ;
- interconnexions des réseaux électriques et gaziers dans la région baltique ;
- interconnexions nord-sud des réseaux gaziers en Europe de l’ouest et de l’est (liaison Baltique-Adriatique) ;
- corridor gazier Caspienne-Europe méditerranéenne.



Corridors énergétiques prioritaires (Commission Européenne)

 

Outre ces projets ‘corridors’, des projets globaux à plus long terme seront éligibles :
- déploiement des smartgrids ;
- autoroutes de l’électricité ;
- déploiement d’un réseau de transport du CO2 entre les pays développant des solutions de CCS (capture et stockage du CO2).
Les projets retenus devront contribuer à l’objectif 20-20-20 que s’est fixé l’Union Européenne à l’horizon 2020 (réduction des émissions de CO2, amélioration de l’efficacité énergétique, augmentation de la part des énergies renouvelables). Ces objectifs sont aussi assignés au secteur des transports (développement du rail et des transports maritimes et fluviaux).
Le CEF aura recours, outre les classiques subventions, à des instruments financiers évolués à effet de levier (fonds d’investissement, prêts garantis ou encore obligations de projet) ; il devrait être opérationnel fin 2012, pour des premiers financements en 2014.






Références :
- http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/president/news/speeches-statements/pdf/20111019_2_en.pdf
- http://ec.europa.eu/energy/publications/doc/2011_energy_infrastructure_en.pdf
- http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=MEMO/11/710&format=HTML&aged=0&language=EN&guiLanguage=en

20 octobre 2011

Relations des prix du pétrole et des marchés financiers : enjeux et perspectives

Par Christophe SCHALCK
Pétrole & Matières premières

Dans l’économie du XXIe siècle, deux éléments semblent peser fortement sur les économies : le prix du pétrole à travers la hausse des coûts induits, et le rôle des marchés financiers à travers les moyens de financement des acteurs économiques. Une question intéressante est l’analyse des relations qui pourrait unir ces deux éléments fondamentaux.
Les études académiques ont montré que les changements dans les prix du pétrole joueraient un rôle non négligeable dans l’explication des rendements existants sur les marchés financiers, que ce soit dans les pays développés ou dans les pays émergents. Toutefois, cette relation n’est pas uniforme dans la mesure où : (i) elle est asymétrique en fonction de l’évolution du prix du pétrole ; (ii) elle est différente selon le pays concerné ; (iii) elle dépend du secteur d’activité ; (iv) elle dépend de l’évolution du taux de change.
La période récente est caractérisée par une forte volatilité des prix du pétrole et des marchés financiers. Le « printemps arabe » a accentué la tendance haussière du prix du pétrole mais le prix a fortement évolué au gré des évènements géopolitiques et des réactions des pays producteurs. Les difficultés de l’économie américaine à sortir d’abord de la crise des subprimes, puis de celle des dettes souveraines en Europe ont fortement impactés les indices boursiers.
Dans ce contexte mouvementé, une problématique cruciale est le devenir de cette interaction entre le prix du pétrole et les rendements des marchés financiers. Deux scénarii sont possibles. Le premier est que les évènements aient renforcé ces liens. Dans ce cadre, on ferait face à un cercle vertueux (une volatilité faible des prix du pétrole et des performances financières élevées) ou un cercle vicieux (une volatilité forte et une instabilité financière). Le second scénario est une modification de la relation avec éventuellement une déconnexion entre le marché du pétrole et les marchés financiers. Cette hypothèse pourrait notamment traduire un changement de gouvernance dans les entreprises, en particulier celles du secteur pétrolier, ou une logique financière propre partiellement déconnectée des fondamentaux. La financiarisation du marché du pétrole, où les anticipations de marché influencent de plus en plus les comportements d’offre et demande, ainsi que la pression politique et réglementaire pour une meilleure transparence du secteur, tendraient à privilégier le premier scénario.

7 octobre 2011

Dossier : Le défi de l’énergie en Asie (4ème partie)

Par François LAFARGUE
Géopolitique

Encore peu développée (1 % de l'énergie produite en Chine comme en Inde), l'énergie nucléaire est en plein essor et se dessine comme l'une des solutions au défi énergétique. Le développement de l'énergie nucléaire civile a été entravé par plusieurs raisons. La situation de conflit entre l'Inde et le Pakistan a sans doute ralenti la construction de centrales nucléaires, des cibles aisées à atteindre. Surtout, le refus de l'Inde de signer le Traité de non-prolifération (TNP) lui a interdit l'accès aux technologies civiles et a rendu plus difficile son approvisionnement en uranium. Mais l'évolution de la politique étrangère de l'Inde, saluée lors de la visite du président Bush en mars 2006, a permis la signature d'un accord avec les États-Unis. New Delhi s'engage à dissocier sa filière nucléaire (entre activités militaire et civile), puis à placer ses centrales nucléaires civiles sous le contrôle de l'AIEA et en échange devrait obtenir un transfert de technologies. Un marché convoité par Areva, Toshiba-Westinghouse et les Russes.
Selon les données de l'Agence internationale pour l'énergie[1], la Chine et l'Inde seront responsables de 45 % de la hausse de la demande en énergie d'ici à 2030, contre 20 % pour les pays de l'OCDE. Et en 2010, la Chine est devenue le premier consommateur mondial d'énergie devant les États-Unis. L'urbanisation (aujourd'hui seuls 50 % de la population de la Chine et 30 % de celle de l'Inde résident dans les villes), contribue également à la hausse de la consommation d'énergie. L'évolution du mode de vie des Chinois avec l'équipement des ménages en climatiseurs et en biens électroménagers aggrave aussi la situation énergétique du pays.
L'énergie en Asie est une question éminemment politique. Seul un approvisionnement régulier en matières premières permet de faire fonctionner l'appareil de production industriel, et ainsi d'assurer le maintien de la croissance économique, donc une certaine stabilité sociale.

[1] World Energy outlook, China and India insights, 2007.

5 octobre 2011

The Real Question Is… Do We Want To Pay?

By Phillip CARTWRIGHT
Nouvelles énergies

We all know that renewable energy advocates tell us that higher fossil fuel prices will eventually make renewable energy more competitive. We do, in fact, observe spikes in fossil fuels prices driven by shifts in supply and/or demand making alternative sources of energy seem quite attractive. The so-called forces of “natural law” suggest that, given time, the price of fossil fuels will be well in excess of the costs of alternative sources – not only owing to the depletable or non-renewable characteristic of fossil fuels, but technology associated with renewables is improving. Ultimately, supply chain and manufacturing bases will become more “eco” friendly, furthering the migration toward renewables. Of course, we know well the implications for human health, the climate and the environment.
The most common (although not particularly simple) way to compare costs is to use Levelized Cost of Electricity (LCOE). LCOE allocates the costs of an energy plant across its useful life giving an effective price per each unit of energy (MWh). It’s like averaging the up-front costs across production over a long period of time. The nice thing about LCOE is that it gives a single metric that can be used to compare different types of systems.

AVERAGE LEVELIZED COSTS OF ALTERNATIVE ENERGY, 2016
LEVELIZED COST 2009 (US$/MWh)
Wind offshore           243.2
Solar PV                  210.7
Advanced nuclear     113.9
Advanced coal         109.4
Wind                          97.0
Conventional coal        94.8
Hydro                         86.4
Natural Gas Fired        66.1
Source: Energy Information Agency, Annual Energy Outlook, 2011, December 2010.

Clearly, the cost figures seem to favor wind, conventional coal, hydro and natural gas. Now, these figures are only projections of averages and subject to error. Notice that not all renewable energy resources are created equal as can be seen from the chart above. Second, some are more economically viable than others. The problem remains that high initial capital costs and other risks are high in some instances. Furthermore, considerable uncertainty surrounds future costs.
We’re back once again to realizing that while some countries (Germany) have done exceptionally well in developing renewables usage, government has taken a very proactive role. Government can support use of renewables through direct spending as well as taxes, risk and liability assumption, government co-ownership, subsidized access to resources. In other countries (United States), government involvement has been a much harder sell (especially in the highly uncertain economic environment). We still hear an often stated preference for leaving investment decisions to be decided in the context of a free market economy.
Nevertheless, granting that the numbers provide us with an accurate ordering and that technology serves us well in delivering energy vis-à-vis, we are still left asking whether or not we really want renewables – if so, we are going to have to pay.