10 novembre 2011

Pénurie d'électricité dans le Japon post-Fukushima

Par Stephan SILVESTRE
Nucléaire

Sept mois après l’accident de Fukushima, la situation se stabilise sur le site de la centrale, mais l’avenir énergétique du Japon reste préoccupant.
En effet, depuis l’accident du 11 mars, chacun des 54 réacteurs japonais est successivement arrêté à l’occasion de sa révision générale, imposée tous les 13 mois par la loi japonaise (contre 10 ans en France). De fait, il ne reste actuellement plus que 10 réacteurs encore en activité et tous seront à l’arrêt d’ici mai prochain.

Puissance nucléaire installée au Japon
source : IEEJ, juillet 2011


La décision de conditionner le redémarrage des réacteurs jusqu’aux résultats des stress tests avait été prise par le gouvernement de Naoto Kan [juin 2010-août 2011]. Mais leur remise en route s’avère compliquée. En effet, bien qu’aucun texte ne le stipule explicitement, l’usage veut que les collectivités locales (mairies riveraines et préfectures) donnent chacune leur aval à la remise en route des centrales. Or ce consensus n’a, à ce jour, été obtenu pour aucune des centrales arrêtées, en dépit des lourds investissements consentis par les compagnies d’électricité pour renforcer la sécurité de leurs centrales (murs anti-tsunamis, nouveaux générateurs de secours, piscines de stockage de déchets surélevées…).
Cette question devra impérativement être tranchée au printemps prochain, avant l’arrivée de l’été, période de pointe de la demande au Japon (les climatiseurs consommant bien plus d’énergie que les chauffages). Après avoir supporté un été 2011 dans la chaleur (climatiseurs bloqués à 28°C dans le cadre de la campagne cool biz) mais dans un contexte de solidarité nationale post-séisme, les Japonais s’apprêtent maintenant à affronter un hiver dans le froid (la campagne warm biz prône un plafonnement des chauffages à 20°C). Cependant, la compréhension des populations sera certainement moindre lors de l’été 2012, surtout si des blackouts, jusque-là évités, survenaient et si les prix de l’électricité augmentaient sensiblement suite à l’accroissement de l’utilisation de combustibles fossiles par les compagnies d’électricité. Quant au secteur industriel, il aura du mal à supporter une seconde année au ralenti : selon l’IEEJ, la pénurie d’électricité pourrait impacter le PIB réel japonais de -1,6% à -3,6% en 2012 (soit 100 000 à 200 000 chômeurs supplémentaires)(i).
Le nouveau Premier ministre, Yoshihiko Noda, aura la lourde responsabilité de statuer en prenant en compte un très grand nombre de facteurs contraignants : réticences des populations riveraines et de nombre de leurs élus, inconvénients de l’alternative au gaz (dépendance énergétique, faiblesse des moyens de production, émissions de CO2 incompatibles avec les engagements du protocole de Kyoto), fortes contraintes budgétaires (dette publique record, allocation de moyens aux victimes du séisme et à la reconstruction). Quant aux énergies renouvelables, qui représentaient moins de 3% de la production d’électricité en 2009 (hors hydraulique, cf. tableau), elles sont limitées de par la géographie nippone (potentiel hydrographique épuisé, potentiel éolien faible, taux d’ensoleillement moyen). Or, si la demande en électricité est appelée à baisser sur le long terme grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, elle devrait rester stable sur la prochaine décennie(ii). Conscient de cela, M. Noda a d’emblée déclaré que l’électronucléaire resterait une énergie indispensable au Japon pour les prochaines décennies(iii), tout en prônant une nouvelle politique énergétique pour son pays.

Offre et demande d'énergie au Japon

(i) Etude IEEJ, juillet 2011.
(ii) Etude IEEJ.
(iii) Discours de Fukushima, 08 septembre 2011.


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